mercredi 3 décembre 2008

Sur les chemins de Canterate. Premier épisode


Lorsqu’il découvrit au petit matin le site merveilleux dans lequel il venait de passer sa première nuit de liberté, il n’eut pas de mal à comprendre ce qui lui était arrivé durant ces dernières années. Il ne tenait pas trop à en parler, surtout avec les gens qui auraient pu le prendre pour un fantaisiste.

Sa première réaction après s’être longuement étiré et avoir, avec admiration regardé autour de lui cette brume qui enveloppait encore tout le paysage, fut de reprendre son sac de toile sur lequel il avait posé sa tête toute la nuit, en veillant attentivement à ce que les quelques objets qu’il possédait ne le gênent pas dans son sommeil.

Il n’avait , pour toute fortune que ces quelques affaires qui lui avait été remise lors de sa libération, mardi matin. C'était bien ce mardi matin, oh combien attendu depuis des années, c’était bien cela la fin d’un long cauchemar qui avait duré, duré des années sans en voir réellement la fin. Et puis brutalement il fallait tout quitter, ses habitudes, ses cauchemars, ses rêves...

La grande porte s’ouvre sur un espace mille fois appréhendé sans jamais en croire l’existence. Et pourtant.... !

Maintenant il fallait absolument se réveiller, sortir du songe et ne penser qu’à aujourd’hui, hier c’était fini, le passé ne devait plus resurgir dans ce qui allait se passer dans les jours prochains. Demain ce serait autre chose, le monde aura changé, mais brutalement les idées de ce monde nouveau traversèrent sa tête : « qu’allait-il trouver, aujourd’hui dehors ? ». Ce qu’il avait quitté il y a dix ans, il ne le retrouvera jamais, il avait dans sa situation des difficultés pour repenser à toute cette période difficile et surtout il se demandait toujours pourquoi il en était arrivé là, à ce point critique de non-retour.

Dix années étaient passées comme cela tout simplement, en quelques minutes tout s’était renversé et cela était apparu brutalement comme une chose nécessaire, nécessaire à quoi, cela je ne sais toujours pas et il n’est pas facile d’en parler.


Il chercha dans son sac son petit réveil qu’il avait gardé depuis le départ, un réveil comme certainement on n’en voit plus beaucoup, il l’avait avec lui depuis des années, ce genre de réveil avec lequel de nuit comme de jour on voit les chiffres qui défilent et qui vous fait prendre conscience que le temps passe, passe tout simplement, les minutes défilent, les heures défilent, les jours puis les années... Et soudain on se retrouve là assis dans l’herbe encore mouillée du matin, face à soi-même, seul comme au départ, devant son avenir .

Et pour lui, à cette heure matinale, il lui fallut beaucoup de courage pour se mettre sur le chemin qui avait l’air de descendre vers le petit village encore endormi. Il marcha les quelques kilomètres qui le séparaient des premières maisons encore en ruines, celles que personnes sans doute n’avaient voulu occupées tellement la tâche devait être grande pour les remettre en état. Le petit panneau bleu à l’entrée du bourg indiquait le nom du village, il était tellement ancien que l’on avait peine à lire le nom « B.U.Z .Y. » et les restes de végétation qui le recouvrait partiellement montrait bien que le temps avait fait son œuvre.

Il trouva dans le centre du bourg un petit café, ou tout au moins ce qui avait été auparavant un café, les vitres étaient assez sales, et lorsqu’il essaya de jeter un coup d’œil à l’intérieur il entendit une petite voix féminine qui l’interpella, elle lui sembla lointaine et venir du fond de la boutique. Il s’aperçut qu’il avait besoin de reprendre contact avec ses sens. Soudain il se mit à rire, se retourna et vit juste à côté de lui une charmante jeune fille qui lui demanda pour la deuxième fois « Vous cherchez quelqu’un, Monsieur. je m’appelle Gwendoline, et j’habite dans la petite maison à la sortie du village. »

Il eut une hésitation et ne tarda pas à se présenter : « moi, c’est Luc, bonjour, il y a quelqu’un dans cette maison, est-ce encore le seul café du village .» . D’un geste elle passa devant, poussa la porte, une note agréable se fit entendre qui lui rappela les clochettes qu’il y avait derrière les portes des petites épiceries. Ils se retrouvèrent tous les deux dans une grande pièce vide avec deux tables sur la gauche, quelques chaises usées par le temps et de grands bancs de bois rangés le long du mur. Au fond de la pièce deux grandes portes donnant l’une sur un couloir et l’autre sur une grande cour intérieure.

« Vous désirez ! ... », questionna une grande dame auquel personne n’aurait pu donné un âge précis . Elle s’approcha de Gwendoline qui à première vue était très intime avec elle . Luc s’approcha, lui serra longuement la main et finit par lui adresser la parole, ce qui, pour lui, était encore très difficile : « Bonjour Madame, connaissez-vous des chambres à louer dans le village ou aux alentours ? »

Elle les invita à s’asseoir en leur demandant :

« Que prendrez-vous ? Puis-je vous offrir un grand café ?. » A ces mots ils allèrent directement à la table près de la fenêtre et Luc posa son sac sur la chaise. Ils confirmèrent leur désir de prendre un bon café en insistant : « - Pour moi ce sera un grand café et des tartines beurrées, et de la confiture et pour vous Gwendoline, que désirez-vous ?.la même chose, pourquoi pas !.dit-elle de sa petite voix hésitante. »

Aussitôt dit, la grande femme dont on ne connaissait même pas le nom ni le prénom était partie vers ce qui semblait être son arrière cuisine. Elle ne nous avait même pas répondu à la question qui était primordiale et qui allait peut-être permettre à Luc de rester là quelques jours , voire même quelques mois.

Elle ne tarda pas à réapparaître, un grand plateau de bois sur les avant-bras qui témoignait de son habitude à servir, elle déposa sur la table après avoir essuyé d’un geste souple la vieille toile cirée qui devait être là depuis plusieurs années, tout ce qu’elle nous avait apporté, deux grandes tasses jaunes avec de petits motifs floraux bleus, un grand pot de café noir en inox comme l’on trouvait autrefois dans les cantines scolaires, des sucres emballées dans des petits papiers représentant les grands musiciens de la renaissance, un petit pot de lait en faïence blanche, et le plus important : quatre grandes tartines beurrées qui paraissaient à première vue immenses, la confiture était encore dans le pot avec dessus une étiquette sur lequel figurait tout simplement « fraises juin » la date était effacée ou tout du moins illisible....


G
wendoline devait avoir moins de trente ans, elle ne causait pas beaucoup, peut-être n’était-elle pas encore en confiance, elle avait depuis longtemps oublié dans ce village qu’il existait partout ailleurs des personnes qui vivaient autrement qu’elle.

A suivre bien sûr...

1 commentaire:

  1. Ce premier épisode/chapitre de ce livre a été écrit en 1996 et est paru dans un journal de bonnes nouvelles "CLIN d'Oeil"
    Les autres épisodes/chapitres suivront à rythme régulier...
    Leinad Lassedera.

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